Cisco embarque le mot de passe, le marché paie le multiple
Cisco a révélé le 30 septembre une faille de contournement de l'authentification administrateur dans Catalyst SD-WAN Manager, déjà exploitée en conditions réelles et sans parade [1], trois semaines après que sa propre équipe Talos a relié des intrusions en cours à un mot de passe embarqué dans la console de gestion de ses pare-feux [6]. L'action se traite à 31,8 fois les bénéfices des douze derniers mois pour une histoire où l'infrastructure d'IA ne pèse que 6 % du chiffre d'affaires [7].
Vincent Jiang · 3 min read
Une porte administrateur, sans parade
Le 30 septembre, Cisco a prévenu ses clients : des attaquants exploitent déjà le logiciel qui pilote leurs réseaux étendus 12. La vulnérabilité CVE-2026-76504, notée 9,8, permet à n'importe qui, sans la moindre authentification, d'appeler l'API de Catalyst SD-WAN Manager avec les pleins droits administrateur en encodant un seul caractère d'une requête de connexion 13. Il n'existe aucune solution de contournement : la faille a été mise au jour à l'occasion d'un simple ticket de support, et la CISA, l'agence américaine de cybersécurité, a sommé les agences fédérales d'appliquer les correctifs d'ici au 3 octobre 123.
C'est la cinquième faille « zero-day » exploitée cette année dans le SD-WAN de Cisco, et la troisième faille critique d'authentification exploitable sans authentification dans ce produit depuis février 12. Trois semaines plus tôt, le 9 septembre, l'équipe Talos de Cisco elle-même avait identifié trois clusters d'intrusion dans Secure Firewall Management Center, la console qui administre les pare-feux de ses clients : des opérateurs du rançongiciel Qilin, entrés par le mot de passe embarqué, et un groupe dont l'outillage recoupe celui du Sandworm russe 456.
Un multiple de 31,8 fois pour 6 % du chiffre d'affaires
Le marché traite Cisco comme une valeur de l'IA : +61 % sur un an, et un multiple de 31,8 fois les bénéfices des douze derniers mois, contre 21,9 pour le S&P 500 7. Une prime qui laisse bien peu de place à l'imprévu 7.
Les comptes publiés, eux, disent autre chose. L'infrastructure d'IA a généré quelque 4 milliards de dollars sur les 63,3 milliards de chiffre d'affaires de l'exercice 2026, soit environ 6 % ; les 7,5 milliards de dollars attendus cette année ne sont encore qu'une prévision de la direction 87. Le dernier trimestre a affiché +18 %, tiré par des commandes de produits en hausse de 35 %, et la direction a indiqué que les hausses de prix sur les équipements gourmands en mémoire y avaient ajouté environ 5 points 87.
Pour l'exercice 2027, Cisco se donne pour objectif 72,2 à 73,4 milliards de dollars, avec une croissance hors IA proche de 10 %, face aux trimestres de +12 % et +18 % qui serviront de base de comparaison 87. Fin septembre, Piper Sandler a abaissé son objectif de cours à 125 dollars, par crainte que la croissance n'ait atteint son pic 7.
La croissance de Cisco n'a cessé de s'accélérer, jusqu'à +18 % au dernier trimestre — et la prévision en demande encore
- Chiffre d'affaires
- Estimate
Data
| Chiffre d'affaires | |
|---|---|
| T1'24 | $14.67B |
| T2'24 | $12.79B |
| T3'24 | $12.7B |
| T4'24 | $13.64B |
| T1'25 | $13.84B |
| T2'25 | $13.99B |
| T3'25 | $14.15B |
| T4'25 | $14.67B |
| T1'26 | $14.88B |
| T2'26 | $15.35B |
| T3'26 | $15.84B |
| T4'26 | $17.25B |
| T1'27 (prév.) (estimate) | $18.1B ($18.0–18.2B) |
La série que l'engagement n'a pas brisée
Cisco a signé en mai 2024 l'engagement « Secure by Design » de la CISA, qui demande aux signataires des progrès mesurables, en un an, sur la réduction des mots de passe par défaut ; l'engagement est volontaire et n'est pas vérifié 6. Les avis de sécurité, eux, ont continué de tomber : identifiants codés en dur signalés en 2018 et 2021, compte root impossible à modifier dans Emergency Responder en 2023, identifiant administrateur statique noté 9,8 dans Smart Licensing Utility en septembre 2024, cinq comptes statiques Firepower un mois plus tard 6.
Le bilan joue dans les deux sens. Cisco identifie la faiblesse, livre des correctifs et publie des indicateurs de compromission ; un fournisseur qui passe ses propres produits au crible finit toujours par y découvrir des failles 6. Ce qui dérange, c'est l'ampleur : depuis novembre 2021, la CISA a recensé 90 vulnérabilités Cisco comme exploitées dans la nature, dont sept utilisées par des groupes de rançongiciel 2.
Le même budget, d'autres prétendants
Celui qui paie, c'est le RSSI d'une entreprise ou d'un opérateur télécoms qui renouvelle ses contrats de sécurité auprès d'un fournisseur dont les rapports d'incident eux-mêmes désignent la porte d'entrée — et ce, sur un matériel qui vient de prendre une hausse de prix liée au coût de la mémoire 567. Le catalogue de la CISA recense 15 entrées d'identifiants codés en dur ou définis par défaut, chez 13 fournisseurs : l'herbe n'est pas forcément plus verte ailleurs 6.
En face, le pari est plus net. CrowdStrike et Palo Alto ont plus que doublé en six mois, au moment où s'amorce le mouvement boursier sur la cybersécurité dopée à l'IA : les deux valeurs s'échangent à environ 208 et 93,5 fois les bénéfices attendus, dans un marché que Gartner voit passer de 51,3 milliards de dollars cette année à 86 milliards de dollars en 2027 9. CrowdStrike a affiché un record de nouveaux revenus récurrents annuels nets de 333 millions de dollars au dernier trimestre ; côté Palo Alto, les revenus récurrents annuels de la sécurité nouvelle génération ont progressé de 63 %, à 9,10 milliards de dollars 910.
Un raté, premier signal d'alerte
Rien n'établit encore de lien entre ces avis de sécurité et un renouvellement perdu ; ce point n'est pas démontré. La première donnée tangible sera la publication du premier trimestre de l'exercice 2027, à l'aune de la fourchette de 18,0 à 18,2 milliards de dollars annoncée par la direction : un raté à ce rendez-vous serait le premier signal d'alerte sur les prévisions pour l'ensemble de l'exercice 87.
D'ici là, le constat est sans appel : le mot de passe était dans le produit, et la prime est dans le cours.
Deepdive
AI-generated from this story and its cited sources. Not investment advice.



