Economy

Moody's maintient la France en Aa3, mais la note repose sur un budget 2027 que l'Assemblée nationale détricote

Vendredi 23 octobre, Moody's a maintenu la France en Aa3, avec une perspective négative, déjouant les pronostics : les marchés avaient intégré une dégradation. La note repose désormais sur un budget 2027 de réduction du déficit, le même texte que l'Assemblée nationale vide de ses économies.

Lire l’original

Vincent JiangVincent Jiang · 3 min read
Share
Portrait officiel de Sébastien Lecornu, en costume bleu marine et cravate sombre, face à l'objectif
1 / 6Slide 1 of 6
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu, sur le portrait officiel réalisé lorsqu'il était ministre des Armées. Moody's précise que sa note Aa3 suppose l'adoption d'un budget 2027 de réduction du déficit.

La dégradation que les marchés avaient intégrée n'a pas eu lieu

Moody's−1.55% — Moody's, down 1.55 percent today a clos, vendredi 23 octobre en fin de journée, l'examen de la note de la France, sur la décision à laquelle les marchés ne s'attendaient plus : aucun changement 1234. La note reste à Aa3, quatrième rang de l'agence, sept échelons au-dessus de la catégorie spéculative et à égalité avec le Royaume-Uni, la perspective restant négative 1234. Une dégradation en A1 faisait consensus ; elle n'aurait fait qu'aligner la France sur le A+ que les agences concurrentes S&P et Fitch lui ont attribué fin 2025 3. Théophile Legrand, stratégiste taux à la banque française Natixis, qualifiait la dégradation de scénario « central », déjà largement intégrée dans les cours 1.

Le marché a dégradé la France le premier

Le marché obligataire avait bougé avant l'agence. Le taux français à dix ans a atteint 5,14 % jeudi 22 octobre, son plus haut depuis juillet 2002, et l'écart de taux avec le Bund allemand est à son plus haut depuis quinze ans ; la France emprunte désormais plus cher que l'Italie, pourtant moins bien notée 25. L'Allemagne paie environ 3,4 %, contre à peu près 3,2 % pour la France avant la guerre entre les États-Unis et l'Iran : ce surcoût, la France le paie seule 1.

La France paie 5,14 % pour emprunter à dix ans, l'Allemagne 3,4 %

0%2%4%6%Allemagne3.4%France, avant la guerre entre les États-Unis et l'Iran3.2%France, cette semaine5.14%Écart le plus large avec l'Allemagne depuis quinze ans
Data
Value
Allemagne3.4%
France, avant la guerre entre les États-Unis et l'Iran3.2%
France, cette semaine5.14%
Rendements des obligations d'État à dix ans, en pourcentage, semaine close le 23 octobre 2026. Le niveau de la France avant la guerre entre les États-Unis et l'Iran est indiqué pour référence. Sources : Euronews ; Reuters.1,5

Sous la note, la dette : un déficit proche de 5,5 % du PIB, contre le plafond européen de 3 % ; une dette en route vers 121,7 % du PIB en 2027 ; plus de 1 000 milliards de dollars d'échéances d'ici à 2030 2. À ces taux, la charge d'intérêts concurrence l'école et les retraites dans le même budget 6.

Moody's conditionne sa note à un budget que l'Assemblée affaiblit

Moody's a formulé sa propre réserve : sa note « suppose qu'un budget de réduction du déficit pour 2027 sera adopté » 5. L'Assemblée nationale fait exactement l'inverse : elle vide le texte de ses économies clés, alors que celui-ci vise un déficit à 5 % du PIB, contre 5,4 % cette année 5.

Même le déficit visé pour 2027 dépasse de deux points le plafond européen de 3 %

0%2%4%6%Cette annéeObjectif du budget 2027Plafond européen3%5%
Data
Déficit, % du PIB
Cette année5.4%
Objectif du budget 20275%
Plafond européen3%
Déficit budgétaire de la France en part de PIB, en pourcentage. Sources : Reuters ; CNBC.5,2

Le ministre des Comptes publics David Amiel s'est plaint que « les milliards pleuvent et que les économies sont balayées mécaniquement, sous les applaudissements » ; au fil de l'examen du texte, le déficit de la Sécurité sociale s'est alourdi de plus de 5 milliards d'euros 1. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a vu dans ce maintien un démenti infligé aux experts catastrophistes 1. Une note conditionnée à un budget que l'hémicycle est en train de défaire n'est pas un sursis : c'est une échéance.

Le maintien de la note laisse le pari baissier intact

Pour ceux qui ont vendu la dette française à découvert, vendredi soir n'a presque rien changé. Chez Natixis, Théophile Legrand voit dans la décision une surprise bienvenue à court terme, tout en jugeant le risque de dégradation « pleinement présent » ; Jérémie Peloso, de BCA Research, va jusqu'à admettre un « buy the dip » opportuniste sur les obligations françaises 1.

Chez Allspring, le gérant Rushabh Amin s'attend à ce que l'écart de taux connaisse son mouvement décisif au cours des six mois qui mènent à l'élection présidentielle des 18 avril et 2 mai, que l'extrême droite pourrait emporter selon les sondages 5. Mike Bell, responsable de la stratégie de marché chez RBC BlueBay, prévient qu'un décrochage vers BBB chez les trois agences après le scrutin forcerait les fonds contraints par la notation à vendre 5.

Les manifestations reprennent samedi après les émeutes du 17 octobre : plus de 500 000 manifestants, 2 400 interpellations, jusqu'à 200 millions d'euros de pertes liées aux pillages chez le distributeur Carrefour et un recul de 16 % pour le groupe de luxe Kering 127. L'indicateur qui décidera du trade sera l'écart de taux avec le Bund, à la réouverture des marchés lundi 7.

Get Economy by email, free

How AI moves rates, banks, payments and the wider economy. In our daily email, every weekday.

Loading MCO…

Reader comments

0 comments

    More in Economy

    All in this topic →

    Economy

    Chubb, Travelers and Berkshire are dropping AI coverage; Corgi's $5 billion startup prices the risk

    Five giant carriers are stripping generative-AI cover from commercial policies before December 31 renewals, while six specialists, led by Corgi, a $5 billion AI-native insurer now hiring commission-only bankers, sell the risk the giants refuse to touch.

    Economy

    American Express cut 5% of its workforce on a $336 million charge to prepare for AI agents

    American Express is cutting 5% of its workforce on a $336 million charge "to prepare for AI," days after a $350 million regulatory penalty for the controls that failed. Its real bet is the layer that proves what a cardmember meant before an AI agent pays.

    Economy

    France pays above 5% on 10-year debt for the first time since 2002 while S&P Global grades it A+

    Moody's rules on France after the US close tonight and a cut to A1, level with S&P Global's A+, is expected. The bond market has already gone further, pricing French debt above Italy, Greece and the United States at yields unseen since 2002.

    Economy

    Circle shareholder sues Trump over $2.5 billion of UAE money behind stablecoin rival USD1

    A Circle shareholder is suing the president over $2.5 billion of UAE-linked money behind rival stablecoin USD1. The constitutional case is a long shot, but the economics it exposes, Circle keeping 7 cents per revenue dollar against a sovereign-funded competitor, are not.

    Economy

    Calpers cut its Magnificent Seven stake 26% while BlackRock's Fink counts on index buyers who cannot leave

    Calpers is selling its listed AI concentration and buying private stakes instead, while Larry Fink's $10 trillion buildout plan counts on index investors who cannot reallocate. The disagreement over the funding wrapper decides who absorbs the loss if the AI trade de-rates.

    Economy

    Life insurers bought $85 billion of AI credit, and Moody's says it undercounts

    The rating agency counted $85.2 billion of AI-linked assets on US life insurers' books at mid-2026, up 24% in six months, with data center debt growing fastest. The same borrowers Moody's says the repayment rests on just had their credit repriced in the bond market.

    Get the newsletter

    The day's AI and market news, in your inbox every weekday.