Iberdrola veut récupérer les réseaux espagnols à très haute tension, et les centres de données sont son argument
Le patron d'Iberdrola España demande d'arrêter de « diaboliser » les centres de données. Derrière ce discours : deux ans de campagne pour briser le monopole de Red Eléctrica sur le réseau, un budget d'État consacré au réseau doublé et un relevé de recommandation de Goldman Sachs qui suppose que les réseaux continuent de croître.
Vincent Jiang · 3 min read
Le 2 octobre 2026, au Foro La Toja, le patron d'Iberdrola España−0.38% — Iberdrola España, down 0.38 percent today, Mario Ruiz-Tagle, a estimé que « diaboliser » les centres de données « n'a aucun sens » : ils seront de toute façon construits à proximité, « en consommant probablement de l'énergie espagnole », et ce qui tombera sur l'Espagne, c'est « de l'investissement, de l'emploi et de la croissance » 12. Sa demande au prochain gouvernement : « Laissez-nous faire » 3. Goldman Sachs−1.02% — Goldman Sachs, down 1.02 percent today a donné un prix à cette exigence le 1er octobre, avec un objectif de cours à 25 euros ; les résultats des neuf premiers mois, attendus le 21 octobre, la mettront à l'épreuve 98. Emilio Gayo, patron de Telefónica, qui participait à la même table ronde, a jugé le réseau actuel « suffisant » et pointé la réglementation, et non l'approvisionnement en électricité, comme obstacle 12.
Le monopole qu'Iberdrola a perdu en 2007
Ce discours vise une cible : Red Eléctrica. Ruiz-Tagle a proposé pour la première fois en juin 2024 d'ouvrir le réseau espagnol à très haute tension à des concessions privées de trente ans ; après le blackout du 28 avril 2025, le président du groupe, Ignacio Sánchez Galán, a associé ce monopole à la fois à la panne et aux coupes d'investissement d'Iberdrola en Espagne 3. Le groupe avait été contraint de céder ses lignes à 220 000 volts à Red Eléctrica lorsque l'Espagne a concentré le transport de l'électricité en 2007 3. Des députés du PNV et du PP viennent de soumettre à la secrétaire d'État à l'énergie, au sein de la commission d'enquête du Congrès sur le blackout, la question de la séparation de sa double casquette de propriétaire du réseau et d'opérateur du système 3.
La file des raccordements a basculé côté demande
Madrid répond par l'argent, pas par le bistouri. Le 16 septembre 2026, le gouvernement a porté le plan de transport 2025-2030 au-delà de 17 milliards d'euros, contre 13,6 milliards dans l'avant-projet et 8,2 milliards pour le plan en vigueur, et relevé de 62 % le plafond de dépenses des entreprises de réseaux, transport et distribution confondus : environ 3,6 milliards d'euros de marge supplémentaire pour la seule Red Eléctrica 45. La Galice, où a pris la parole Ruiz-Tagle, doit recevoir 10 postes électriques neufs et 1 600 mégawatts de capacité pour les industriels gros consommateurs 6.
La file des raccordements explique cette hâte. La nouvelle demande, centres de données compris, pèse désormais 41 % des demandes de raccordement, devant la production, à 40 % 4. Un rapport de la Fundación Renovables chiffre à 94 % les points de raccordement au réseau de distribution saturés, alors que le taux d'utilisation reste sous les 16 % : « un engorgement qui n'est pas physique mais de gestion » 3.
En Espagne, le plan de réseau à très haute tension a doublé en cinq ans
- Investissement programmé en transport d'électricité
- Estimate
Data
| Investissement programmé en transport d'électricité | |
|---|---|
| Plan 2021-2026 en vigueur | €8.2B |
| Avant-projet 2025-2030, oct. 2025 | €13.6B |
| Plan 2025-2030, sept. 2026 (estimate) | €17B |
En Espagne, la nouvelle demande domine désormais la file des raccordements
Data
| Value | |
|---|---|
| Nouvelle demande | 41% |
| Production | 40% |
| Stockage | 19% |
Un relevé de recommandation adossé aux réseaux
C'est le chantier qui fait les bénéfices. Le bénéfice net du premier semestre 2026 s'est établi à 4 336,4 millions d'euros, en hausse de 21,7 %, sur une base d'actifs de réseaux en progression de 11,2 %, à 54 330 millions d'euros ; 7 milliards d'euros d'investissements ont été engagés, dont 63 % pour les réseaux 78.
Goldman Sachs a relevé sa recommandation à « achat » le 1er octobre, avec un objectif de cours de 25 euros, en tablant sur une croissance des bénéfices d'environ 10 % par an jusqu'en 2031 et sur quelque 100 milliards d'euros d'investissements, dont environ 70 % dans des réseaux régulés, pour l'essentiel américains et britanniques ; la banque anticipe un flux de trésorerie disponible négatif jusqu'en 2031 et une dette nette proche de quatre fois l'Ebitda 9. Deutsche Bank a emboîté le pas le 29 septembre, à 22 euros 9. Les rendements qui portent ces deux objectifs se dégagent surtout sur les réseaux d'autres pays. Le réseau espagnol, lui, sert d'argument.
La poule aux œufs d'or riposte
Pour le camp adverse, la poule se porte bien. Ismael Morales, de la Fundación Renovables, décrit le transport d'électricité comme « la poule aux œufs d'or » : une activité rémunérée par décret, à moindre risque que les marchés libéralisés. Et de mettre en garde : un démantèlement se paierait en perte de transparence 3. Bankinter a réitéré sa recommandation « achat » sur Redeia, à 16,5 euros, en s'appuyant sur une base d'actifs régulés en croissance d'environ 7 % par an et sur une rémunération autorisée relevée à 6,58 % 5. Quant au lobby de l'électricité Aelec, il voit dans ce démantèlement un vieux débat, à trancher par les législateurs 3.
Le 21 octobre sera le révélateur
Les résultats des neuf premiers mois tomberont le 21 octobre 2026 8. Le révélateur est à Madrid, et non à Bilbao : face à l'engorgement des demandes de raccordement, le gouvernement a relevé les plafonds de dépenses des entreprises de réseaux, de quoi renforcer Redeia plutôt que de la démanteler 4. Si la file des raccordements continue de gonfler, l'idée de concessions privées de trente ans refera surface, chiffres à l'appui. Qui raccorde les centres de données espagnols garde les œufs d'or.
Deepdive
AI-generated from this story and its cited sources. Not investment advice.



